jeudi 7 juillet 2016

El quite del Tiguan


Moments d’émotions à Mirandilla. Une de ces journées où la frayeur a bien été présente, mais dont finalement le souvenir sera positif car le pire a été évité.  

Après une grosse bagarre dans le groupe des utreros (3 ans),  Marisquero, le nº 19 reçoit une grosse “rouste”  de ses frères. Après l’avoir sauvé d’une mort certaine en intervenant avec le tracteur, nous réussissons à le sortir de l’enclos.
Marisquero avant sa "rouste".
Photo Florent Lucas (Campos y Ruedos)
Considérant des marques de coups de cornes sur tout le corps et deux orífices sur le flanc et au niveau de l’anus, je préviens le vétérinaire. La corne droite en sang jusqu’à la base d’Hachero, le nº 10 ne m’invite pas à l’optimisme! Ce dernier a d’ailleurs déjà utilisé cette arme terrible en éliminant Nocturno  le nº 15 il y a quelques semaines (*)
La corne droite terrible d'Hachero
Photo Florent Lucas (Campos y Ruedos)





















Lorsque Pablo Osborne le vétérinaire observe le novillo couché au sol, avec des signes évidents de douleur, son diagnostic n’est pas favorable. On sait au campo que lorsqu’un taureau de combat reste au sol, c’est qu’il est vraiment mal en point …

La decision est prise d’opérer. Tracteur, remorque, et véhicules du vétérinaire et du mayoral dans l’enclos. Tir de fléchette hypodermique à la serbacanne et on s’éloigne de l’animal pour attendre l’effet anesthésique.

J’observe depuis mon véhicule, après un temps prudentiel, comment Pablo s’approche avec précaution du taureau qui somnole. Il vérifie par derrière qu’il est bien endormi en lui tapotant la cuisse.

Soudain, tout va très vite! Le taureau se lève comme un ressort, se retourne et fonce vers Pablo qui contourne son 4x4. Marisquero défonce au passage l’aile avant gauche du Toyota et poursuit son ennemi.

Le Toyota du vétérinaire après
la "caresse" de Marisquero
L’image qui s'offre à moi est angoissante : Pablo Osborne au sprint et un taureau d’Albaserrada d’origine Pedrajas (ce détail a son importance) derrière lui, qui le rejoint  inéxorablement, sans échappatoire possible pour l’homme.

Réaction alors d’assistance à personne en danger, contact, démarrage de mon 4x4 et je fonce vers le taureau, lui coupant la trajectoire. Cette action restera à jamais dans les annales de Mirandilla comme “el quite del Tiguan”. Marisquero dévie sa course, ravi d’un adversaire bien plus imposant et surtout immobile et s’en donne à cœur joie …

Le Tiguan après son quite
providentiel
Faisant marche arrière sur une cinquantaine de mètres j’éloigne le taureau qui pousse en brave mon Tiguan . L’avant est complétement détruit, mais le vétérinaire est sain et sauf!  Je me souviens alors des recommandations d’Isabel mon épouse et de mes filles me faisant  promettre de ne jamais utiliser le nouveau véhicule de la famille pour travailler au campo …

Enfin débarassé du taureau, qui s’est aussi employé sur l’arrière de mon tout-terrain (toujours la tête en bas), je retouve Pablo Osborne, son record personnel du 100 mètres pulvérisé, tapi derrière un chêne, haletant, le visage aussi blanc qu’un ensabanado (robe blanche, couleur drap) célèbre de sa famille ganadera!





“Je n’ai jamais vu ça de ma vie! Une telle dose d’anesthésie dans le sang et “embestir” de cette manière, aussi longtemps et avec autant de force … Ce n’est pas normal” me commente-t-il reprennant son souffle, observant Marisquero au loin qui nous nargue, … encore debout.

Après le temps nécessaire pour retrouver un semblant de sérénité, nous retournons vers le novillo, en tracteur cette fois, pour tenter de l’endormir à nouveau.

Vaincu par une double dose de produit anesthésiant (équivalent à 800 kilos de poids, lui qui n’en pèse que 400), Pablo opère le Tulio des deux coups de cornes et me confirme que celle de l’anus est  grave car elle est très profonde et a peut-être transpercé la paroie intestinale, ce qui déboucherait sur une péritonite mortelle.

Pablo recoud la plaie sur le flanc 
après avoir opéré le coup
de corne dans l'anus
3 jours après l’intervention, Marisquero est vivant. C’est un signe positif même s’il faut encore attendre pour le déclarer sauvé.

Vient alors le temps de la réflexion. Pour Pablo qui a endormi des dizaines de taureaux, Marisquero n’était pas réellement endormi mais “faisait” l’endormi. Lorsqu’il a senti qu’il pouvait atteindre sa proie il s’est alors relevé pour tuer.

Pour moi, il est beaucoup plus résistant que ses demi-frères d’origine Domecq. Dans les deux cas, soit parce que plus malin, soit parce que plus robuste, soit les deux à la fois, l’Albaserrada/Tulio est clairement une bête avec une personnalité très marquée au campo qu’il me tarde de voir traduite en piste … à condition de survivre!

(*) Nocturno le nº 15, un autre Albaserrada/Tulio qui était dans le même groupe d'utreros avait reçu une grosse dérouillée lui aussi. Depuis le début de la formation de ce groupe, il molestait et voulait imposer sa loi aux autres taureaux. Se trouvant en infériorité il a essuyé la vengeance terrible de ses frères. Nous avons dû le sacrifier à cause d’un coup de corne criminel du nº 10 (ah cette corne droite affilée comme un poignard!) au niveau du flanc et qui remontait jusqu’à la colonne vertébrale.

Nocturno, un Albaserrada/Tulio qui a
payé le prix de la différence de sang!
Photo Florent Lucas (Campos y Ruedos)




6 commentaires:

  1. ça donne des frissons ...de terreur , cette histoire!!!Les Anges devaient veiller ce jour là au dessus de vos têtes!!!
    Amicalement
    Bruno et Christine ..de Nimes...qui ont eu la chance de visiter la ganaderia en juin 2015 avec ...sérénité!!!

    RépondreSupprimer
  2. Récit édifiant en effet ! A la lecture de ce périple, et pour être passé à la Mirandilla nous aussi en avril dernier, je me dis qu'un séjour au campo remettrait sûrement en cause les certitudes de certains anti-taurins... merci en tout cas pour vos chroniques !
    Céc & Juan de Paris

    RépondreSupprimer
  3. A Mirandilla les toros n'aiment pas les trucs avec des roues, après la rouste de Timonero au tracteur...Esperons que Marisquero finira mieux que Timonero

    RépondreSupprimer
  4. Fabrice, je suis pas prêt de te laisser ma voiture.......
    Alain (Col Y Toros)
    un abrazo

    RépondreSupprimer
  5. Fabrice,
    Désormais, il va falloir proposer pour ton véhicule une nouvelle option : après le pare-buffle, le pare-Tulio !!
    Je sais, le marché est plutôt restreint...
    Un abrazo.
    Cyril de Toulouse

    RépondreSupprimer
  6. Il y a plein de "pare-buffle" ridicules sur les 4x4 citadins (c'est rare les caffer-caffer sur les boulevards) pourquoi ne pas en mettre sur les voitures du campo ? (où les toros ne le sont pas...? (rares...)mmm ?

    RépondreSupprimer