lundi 6 avril 2026

Sur les traces des tentaderos oubliés : "La Alegría" de Concha y Sierra

L'équipe des chasseurs de tentaderos oubliés, se sont rendus au nord-ouest de Séville, entre les villages de Gerena, Sanlucar la Mayor et Olivares, à la finca La Alegría, une des fermes historiques de la ganadería de Concha y Sierra.


L'histoire de la ganadería Concha y Sierra débute en 1873. Fernando de la Concha y Sierra, de Jerez, crée un élevage avec des bêtes de Taviel de Andrade et de Juan Castrillón, pures Vazqueñas.

Il possède alors 1.500 hectares, avec les "fincas" héritées "La Abundancia" et "La Prosperidad" à Isla Mayor et les terres achetées de "La Alegría".

Notons au passage les noms des fermes (Abondance, Prospérité et Allégresse) qui prouvent une richesse de sol hors du commun. Joaquin de la Cocha y Sierra, le frère de Fernando, sera à l'origine de la ganadería Pérez de la Concha, dont le fer vient d'être racheté par la maestro Morante de la Puebla. Mais ça c'est encore une autre histoire ...

Pérez de la Concha

Fernando meurt en 1887 et son épouse, Celsa Sofía Bernardina Agniel de Fontfrede y Blázquez Dávila (diminutif, Celsa Fontfrede) devient la première des veuves ganaderas historiques de cette dynastie.

Celsa, d'origine française, séduit Fernando qui assitait aux représentations de sa troupe de cabaret aux mœurs  légères : les bouffes madrilènes. La haute société espagnole rougit mais doit accepter cette union dont naîtront Fernando qui mourra à l'âge de 26 ans et Concepción.

Allégre, libre et dotée d'un fort caractère, elle supporte mal de ne posséder que l'usufruit des propriétés de son défunt mari. En seulement quelques années elle résussit à racheter tout son patrimoine et a la fierté de voir annoncer ses taureaux comme "Doña Celsa Fontfrede" et non plus comme "Veuve de Concha y Sierra" ...

Celsa Fontfrede

Seis toros de Celsa
Fontfrede à Valencia

Celsa unira ensuite sa vie sentimentale à celle du torero Manuel García Cuesta "El Espartero". Cet illustre maestro sévillan, paradigme du courage (23 coups de cornes, "il a plus de courage que El Espartero", "la faim inflige plus de coups de cornes que les taureaux", ...) tombera finalement dans les arènes de Madrid en 1894, tué par le taureau Perdigón de Miura. A noter qu'il figurait au cartel de la prise d'ancienneté de Celsa Fontfrede en 1892 et qu'il avait pour habitude de toréer "à la lune" les animaux de sa future maîtresse dans la finca de La Alegría! De cette union, naîtra une fille, Pilar García Fontfrede.

La faim inflige plus de coups de corne  

Cette idylle inspirera le roman de Blasco Ibañez "Sangre y arena" ("Sang et sable", "Blood and sand"), paru en 1908, dont plusieurs adaptations cinématographiques verront le jour. En 1922, un muet, noir et blanc avec l'immense Rodolfo Valentino dans le rôle du torero; en 1941, le superbe film de Rouben Mamoulian avec Tyrone Power, Rita Hayworth et Antony Quinn et enfin en 1989, une médiocre version avec Sharon Stone.

Sang et Arène

Deux fois veuve, Celsa gère une ganadería qui connait des hauts et des bas mais sera toujours présente dans les grandes férias, les "figuras" ne boudant pas ce bétail.

A noter que tout comme Pablo-Romero, l'administration espagnole accorda à la famille que Concha y Sierra qui étaient au départ deux noms de famille s'unissent pour n'en faire qu'un afin de ne jamais perdre l'appelation de la ganadería.

A la mort de Celsa en 1929, c'est sa fille légitime Concepción de la Concha Fontfrede qui prend les rênes de l'élevage. A son tour veuve en 1935 de l'homme politique Manuel Sarasúa, elle sera la nouvelle veuve de Concha y Sierra jusqu'à sa disparition en 1965.

Concepción de Concha y Sierra Fontfrede

Ce sont donc bien deux veuves, mère et fille, qui ont maintenu au sommet ce célèbre élevage pendant près de 80 ans!

Lors de cette étape, les taureaux de Concha y Sierra cause l'effroi avec 4 toreros tués dont le fameux sévillan Pascual Márquez en 1941 par Farolero à Las Ventas de Madrid. Ce fin torero de Villamanrique de la Condesa, était très uni à l'élevage et y avait même travaillé. Décidemment, après les décès d'Espartero et de Márquez, il n'était pas de bonne augure être un proche de cet élevage ... D'ailleurs surnommée la ganadería à la légende noire, il faudra la mort de Manolete en 1947 pour que Miura récupère définitivement cette tragique appelation.

Pascual Márquez

A la mort de Concepción, la ganadería passe dans les mains de la famille Pareja-Obregón Sartorius, Joaquin étant l'époux de Pilar, la fille de Celsa et d'Espartero le torero. Ce Joaquin s'éteint en 1961 et laisse se veuve Pilar (encore une veuve!) gérer la ganadería jusqu'à sa propre mort en 1965.

C'est un des fils de Joaquin et Pilar, Juan de Dios Pareja-Obregón y García qui hérite de l'élevage à la devise blanche, gris plomb et noire. Ce personnage fut, en plus de très bon vivant, poète, ganadero, cavalier, écrivain, chanteur, guitarriste et torero.

Juan de Dios Pareja-Obregón

Il reçut l'alternative en 1951 de Chicuelo et se coupa la "coleta" le même jour ayant promis à sa future épouse de la lui offrir pour son mariage. Un de ses fils Martín Pareja Obregón, fit partie de cette grandiose génération de novilleros qui remplissaient dans les années 80/90 les gradins de toutes les arènes du monde taurin, Litri, Camino, Jesulin, Chamaco, Caballero, Ponce, ...

Martín Pareja-Obregón

La gestion de ce personnage "singulier" ne sera pas des plus rigoureuses et dès 1968 le cheptel est vendu et va changer de mains à plusieurs reprises : José-Luís Martín Berrocal, Gabriel Rojas Fernández, "King Ranch" Los Millares, Miguel Baéz Espuny "Litri", José-Luís García Palacios, Jean-Luc Couturier et José-María López López depuis 2021.

Saluons les huit années de présence des taureaux de Concha y Sierra à Coste-Haute au pied des AlpillesJean-Luc Couturier fit preuve de courage et d'opiniâtreté pour maintenir cet "encaste" si particulier.

Jean-Luc Couturier

Le patrimoine de cette ganadería fondamentale a dû se disperser lors de ces nombreux changements de propriétaires. Il n'y a plus de bêtes à "La Prosperidad", le superbe cortijo de "La Abundancia" est en ruines. Nous nous sommes donc rendus à "La Alegría" pour remercier l'actuelle famille propriétaire des lieux, les Osuna Boceta, de faire l'effort de sauvegarder ces derniers vestiges témoins de l'histoire des Concha y Sierra : les arènes (carrées) où tant de vaches "Vazqueñas" ont été testées,  les corrals, le couloir d'embarquement qu'ont emprunté tant de taureaux du fer "C y S" quelques affiches historiques et le taureau Barbero (nº 17) qui permit à Juan Belmonte de réaliser une de ses plus intenses faenas à Madrid en 1917!

Barbero et Torrito

Compte-rendu de journalistes de l'époque de cette faena intemporelle : 

"Et il apparut. Gigantesque, sublime. Apparut Belmonte, l'art de toréer, le style, la quintessence dépurée. Cette faena a été la plus Belmontine, la plus inoubliable de ses grandes faenas ... tout le toreo classique, tout le toreo basique, de naturalité invraisemblable ... Moi qui ai toujours su me retenir, me mesurer, je suis devenu comme les autrres : j'ai crié fort, j'ai porté mes mains à la tête, j'ai perdu le sérénité. Je n'ai jamais vu d'art aussi pur, de courage si naturel, autant de domination, d'esthétique. Il ne toréait pas pour le public, mais pour le toro et pour lui. Point final à la brillante histoire de la tauromachie : après ça, rien. Il n'y aura rien aprés ---"

Belmonte et Barbero

En remerciement d'avoir élevé ce taureau aussi important pour sa carrière, Belmonte avait pris l'habitude de se décoiffer chaque fois qu'il passait devant le palais des Concha y Sierra rue O'Donnell à Séville pour saluer la grande veuve. Il le fera jusqu'à son suicide en 1962.

Vestige du palais des Concha y Sierra

Un azulejo de remerciement a été offert à Plácido Osuna : 

"En agradecimiento por mantener el patrimonio taurino de la histórica ganadería Concha y Sierra". 

"Remerciement pour maintenir le patrimoine taurin de l'historique élevage Concha y Sierra". 

La afición de Nîmes. Noviembre 2025".

Corrales et placita de tienta (carrée)

Torrito raconte l'histoire de Barbero et Belmonte

Les chercheurs de tentaderos oubliés


Torrito et Plácido Osuna devant un burladero historique

Azulejo posé

Que de bravoure dans cette placita ...




mercredi 25 mars 2026

Le Nuñez del Cuvillo du tourisme taurin ...


Message pour les 3G et ANTHONY ... 

A la finca El GRULLO, TORRITO, le NUÑEZ DEL CUVILLO du tourisme taurin!

(Eh les amis, ... on est sur du second degré.)


 

























samedi 14 mars 2026

La Maestranza que pour soi!


Quel ressenti merveilleux ... l'admirable Real Mestranza de Caballería de Sevilla et sa piste couleur ocre seulement pour soi. Et ma voix qui y résonne.

Un vrai moment suspendu.



 

jeudi 5 mars 2026

Graines de toreros

Dans le cadre des programmes immersifs que je propose, j'ai permis à un groupe d'une cinquantaine de gérants d'entreprises du domaine de l'automobile, en séminaire en Andalousie, de visiter l'école de tauromachie de Camas dans la banlieue de Séville.

Ce village, fort connu des aficionados français a enfanté de très nombreuses vedettes de la tauromachie et non des moindres : Paco Camino, Curro Romero, Oliva Soto, Esaú Fernández, ...

Cette école municipale a été créée en 1995 et se compose d'une vingtaine d'élèves âgés de 10 à 22 ans. Le gamin le plus en vue actuellement est Manuel Real "Realito" qui est annoncé cette saison aux férias de Nîmes et de Vic-Fesenzac pour la Pentecôte.

Moment magique de pouvoir partager la passion incommensurable de ces jeunes (et parfois enfants) dont le rêve unique de leur existence est de devenir TORERO

Les visiteurs du jour, qui découvraient l'univers de la tauromachie ont été impressionné par la foi, la gentillesse, la politesse et l'éducation de ces jeunes gens. Ils nous ont expliqué et enseigné la technique de l'art de toréer et la difficulté du maniement des instruments (capes, muletas, ...)

Et que dire de Martín Beltrán? Seulement huit ans et déjà une attitude bourrée de conviction.

Le Président Francisco Acedo et l'éducateur Rubén Rodríguez, nous ont expliqué que plus qu'une école de toreros, ils prétendaient inculquer valeurs et respect à ces futurs adultes. Une véritable école de vie.

Il est d'ailleurs rassurants de vérifier qu'il existe de plus en plus d'écoles de toreros, et donc d'apprentis matadors, de part le monde. La Corrida n'est pas prête de s'éteindre par manque de vocation!

Après cette magnifique matinée, l'éducation de ce groupe de néophytes se poursuivit avec la visite/découverte d'un élevage de taureaux de combat (ganadería) au nord de Séville.

Mais ça c'est une autre histoire ...






Torera pour un jour

Martín Beltrán, "que arte"!















Manuel Real "Realito", à suivre en France




 













dimanche 22 février 2026

Quand un ancien mayoral rencontre un mayoral actuel


 

 


















Avec Felix Majada, mayoral de la ganadería Victorino Martín, finca Las Tiezas de Santa-María.

Quand le mayoral de l'ancien Albaserrada rencontre l'ancien mayoral d'Albaserrada ... cela ne peut que parler de taureaux!

mercredi 18 février 2026

El Cordobés reçoit la médaille des fondateurs de la Féria de Nîmes




Le Cercle Taurin Nîmois avait attribué la médaille des fondateurs de la Féria de Nîmes (Afición Cheminote Nîmoise, Club taurin Lou Ferri, Les amis de Toros, Cercle taurin Nîmois et Union Taurine Nîmoise) au maestro Manuel Benítez "El Cordobés" en 2017.

Pour diverses raisons ce trophée n'avait pas encore été décerné. C'est chose faite. Le vendredi 13 février, dans la "casa/museo El Cordobés" de Palma del Río (ville d'origine du Vº Calife), l'ancien président Charles Crépin et son épouse Marianne Bazile, ont remis au torero de légende cette magnifique médaille.

Lors d'une cérémonie voulue intimiste, Manuel Benítez a fait montre d'une parfaite forme physique et a propagé à toute l'assistance son admirable joie de vivre!

J'eu l'honneur d'inaugurer cet acte en temps qu'heureux époux d'Isabel native, elle aussi, de Palma del Río. Je me suis souvenu d'un des moments les plus remarquables de mon aventure de mayoral : avoir reçu le maestro à Mirandilla pour un tentadero avec son fils Julio Benítez. Et comment ne pas citer le roman de Lapierre et Collins " ... ou tu porteras mon deuil" œuvre incontournable dans l'apprentissage d'un jeune aficionado? 

Ensuite un discours plein de sentiment de Charles Crépin rappela l'un des épisodes les plus marquants de la Féria de Nîmes : la faena majuscule du maestro cordouan à un sobrero de Juan Pedro Domecq le 17 mai 1964. La commotion fut telle dans l'amphithéâtre Nîmois que le président du jour André Bazile (le papa de Marianne) dut se plier à la demande d'un public délirant et octroyer le trophée rarissime des deux oreilles, la queue et ... la patte du taureau. Ce dernier avouera pas la suite que si El Cordobés le lui avait demandé, il lui aurait offert le taureau entier!

La mairesse de Palma del Río, Matilde Esteo, mit en avant l'importance pour sa ville de la réputation universelle du maestro Benítez.

Ensuite, un Manuel Benítez serein et bavard, nous remémora des éclairs de sa folle existence. Il fut question de lutte, de faim, d'oranges, de poules, de lune, de raclée, de prison, de coups de cornes, de triomphes, d'échecs, de deuil, de courage, de pesetas, de maison achetées, ... et de tant de choses encore!

Enfin, une visite des salles du musée, permit aux assistants de profiter d'autres anecdotes somptueuses du torero le plus médiatique, drôle et humain de l'histoire de la tauromachie.

Torrito, palmeño de cœur

La mairesse Matilde Esteo

Charles Crépin

Manuel Benítez "El Cordobés"

Marianne Bazile











Avec Isabel et Conchi la tata, de Palma del Río

Le mayoral avec le maestro en 2012

dimanche 8 février 2026

Salvador "el herrero" de Gerena s'en est allé

Cigarette aux lèvres

Les habitués des ferrades de Mirandilla connaisaient bien Salvador. Sa présence devant les fers, cigarette aux lèvres, était une image infaillible. Lui si discret et timide, il a pourtant été immortalisée par des dizaines de photos.

Pour moi, la journée de marquage débutait toujours par sa voix rocailleuse de fumeur impénitent qui me demandait : quels sont les numéros à attribuer aux mâles et aux femelles? Information qu'il notait ensuite, de son écriture si ronde et parfaite, sur la liste accrochée au tronc de cet eucalyptus qui lui procurait de l'ombre pour les ferrades d'été.

Je lui avais déjà rendu hommage il y a quelques années sur ce blog :

https://lescarnetsdumayoral.blogspot.com/2021/03/la-poesia-silenciosa-del-herrero-de.html

Il n'existe pas une finca à Gerena et alentours qui n'ait pas fait appel à ses services de maître ferronier. Combien de tracteurs, de remorques, de portails, de charrues, de clôtures, de couloirs de contention, ont été façonnés par ses mains noueuses et calleuses? Combien de problèmes surgis dans le quotidien d'une ferme ont été solutionnés par son intuition et savoir faire? Plus que ferronier, il était aussi usineur, capable de fabriquer la pièce qui faisait défaut et ne se trouvait plus en vente.

Salvador "el Herrero" restera pour moi un des personnages les plus attachants croisés lors de mon quart de siècle d'existence à Mirandilla. Il était de l'école ancienne : peu de paroles mais tout dans le regard!

Une présence discrète mais indispensable


La liste des numéros


Et pourtant il n'aimais pas la foule ...