vendredi 29 mai 2026

Rogelio Pajuelo

Quinze années comme mayoral, au pied du canon, tous les jours, du matin au soir, créent de très nombreuses histoires à conter. Surtout des histoires de taureaux, mais aussi des histoires humaines de toreros. Celle de ROGELIO PAJUELO en est une.

La première fois que cet enfant me demanda très poliment d'assister à un tentadero, il n'avait que douze ans. Menu, de petite taille, il paraissait  minuscule devant la génisse d'ALBASERRADA.

Mais son courage et sa conviction me plurent. Après cette première, il fréquenta assidûment MIRANDILLA et ses tentaderos. De tapia (expression qui définit la pratique pour les jeunes apprentis toreros d'attendre que le maestro invité par l'éleveur en termine et que le mayoral les autorise à affronter à leur tour la vache en piste), il montra toujours une courtoisie et un respect preuves d'une excellente éducation.

Il ne refusa jamais de "sortir" avec les vaches, même les plus grandes et les plus retorses (et il y en avait quelques unes chez ALBASERRADA ...). Il le faisait même parfois contre mon avis. Et quel plaisir de voir cette qualité rare chez les novices : savoir écouter et appliquer les conseils donnés par son maître professeur de toujours TOMÁS CAMPUZANO.

Nous fumes ainsi les témoins, en quelques mois, d'une amélioration exponentielle. 

C'est à l'âge de quatorze ans que je lui offris l'opportunité de tuer son premier animal à MIRANDILLA lors du 12º festival dans la CERCA DE LOS FRANCESES le 11 novembre 2023. Il coupa ce jour-là 2 oreilles à ELEGANTE le becerro (jeune taureau) nº 55 (tour de piste posthume), ce qui lui valu de remporter le trophée EDUARDO ROLÁN. Il récidiva le 2 décembre 2023 pour le 13º et dernier (avant-dernier ...) festival de TORRITO AFICIÓN. Il coupe deux oreilles au nº 3 HORTELANO (tour de piste posthume).

Depuis mon départ de MIRANDILLA, je côtoie moins ROGELIO, mais je suis l'évolution de sa prometteuse carrière. Nous attendions tous qu'il ait enfin les seize ans réglementaires pour se produire en public avec mise à mort et participer à des bolsins. Il faudra attendre pour cela le 11 juin 2025.

2025 sera l'année du décollage : 2 oreilles et queue à ALMADÉN pour se qualifier à la finale des promesses de la chaîne CANAL SUR, 2 oreilles à CENIZATE. Il termine 3º (sur 6) de la finale de CANAL SUR à LUCENA. À BEAS il connait la face amère de la tauromachie avec un gos "tampon" qui lui fit perdre connaissance.

Et cette année 2026 sera celle de l'explosion.

Il est le triomphateur du Bolsín PEPE DE MONTIJO organisé par la COORDINATION DES CLUBS TAURINS DE NÎMES à BELLEGARDE le 27 mars (ce qui lui vaut une place à la novillade de la Féria de NÎMES en mai).

Il est le vainqueur du Bolsín EL CAMPO à VAUVERT le 8 mai.

Il remporte le 16 mai le Certamen (concours) CLUB COCHERITO DE BILBAO qui lui vaut de toréer la novillade de la Féria de BILBAO le 24 août.

D'autres triomphes à UBRIQUE (course télévisée par CANAL SUR) et à CORIA.

Et sa plus belle récompense pour l'instant, les 2 oreilles d'un novillo de ROLAND DURAND lors de la Féria de NÎMES qui lui vaudront une sortie par la porte des Consuls de l'amphithéâtre nîmois!

Il faut raison garder et avoir beaucoup de patience. Le chemin va être ardu. Impossible de savoir aujourd'hui quel avenir va réserver cette merveilleuse profession à ROGELIO PAJUELO, mais le début de cette histoire fait du bien et il faut savoir le savourer. D'autres moments magiques viendront ...

La belle histoire d'amitié entre TORRITO AFICIÓN et le village de GERENA est née en 2009, ... qui est aussi la date de naissance de ROGELIO. On peut donc dire que cette histoire est celle de tous les nîmois qui son attachés à GERENA depuis la famille AIGON, la PEÑA CAMPUZANO, TORRITO AFICIÓN, les amis de PABLO ROMERO, COL y TOROS, LA COORDINATION, ... (la liste est très longue).

Le seul petit problème pour les français hispanisants "de comptoir", est qu'il faut apprendre à prononcer ROGELIO PAJUELO, avec les sons "RR" et "JOTA" et aux bons endroits ... Et ça c'est une autre histoire ...

Le maletilla et le mayoral

Torero et attapaïre (trophée Gillou 2022)

Son premier becerro

Sa première mise à mort

José, le soutien permanent

Avec Tomás Campuzano, le maître de toujours
et Philippe Michel (Col y Toros)

22 mai 2026, porte des Consuls de Nîmes









mardi 12 mai 2026

Juan Cid de la Corte, Mayoral de Torrestrella

JUAN CID DE LA CORTE, troisième génération de Mayoral de la ganadería TORRESTRELLA.

Lorsqu'un simple Mayoral rencontre un maestro Mayoral, qu'une chose à faire, se décoiffer!

mardi 5 mai 2026

Ça cogne dur au campo!

 

Les contrastes du campo. Après la douceur de la Dolce Vita, ça cogne dur!

lundi 6 avril 2026

Sur les traces des tentaderos oubliés : "La Alegría" de Concha y Sierra

L'équipe des chasseurs de tentaderos oubliés, se sont rendus au nord-ouest de Séville, entre les villages de Gerena, Sanlucar la Mayor et Olivares, à la finca La Alegría, une des fermes historiques de la ganadería de Concha y Sierra.


L'histoire de la ganadería Concha y Sierra débute en 1873. Fernando de la Concha y Sierra, de Jerez, crée un élevage avec des bêtes de Taviel de Andrade et de Juan Castrillón, pures Vazqueñas.

Il possède alors 1.500 hectares, avec les "fincas" héritées "La Abundancia" et "La Prosperidad" à Isla Mayor et les terres achetées de "La Alegría".

Notons au passage les noms des fermes (Abondance, Prospérité et Allégresse) qui prouvent une richesse de sol hors du commun. Joaquin de la Cocha y Sierra, le frère de Fernando, sera à l'origine de la ganadería Pérez de la Concha, dont le fer vient d'être racheté par la maestro Morante de la Puebla. Mais ça c'est encore une autre histoire ...

Pérez de la Concha

Fernando meurt en 1887 et son épouse, Celsa Sofía Bernardina Agniel de Fontfrede y Blázquez Dávila (diminutif, Celsa Fontfrede) devient la première des veuves ganaderas historiques de cette dynastie.

Celsa, d'origine française, séduit Fernando qui assitait aux représentations de sa troupe de cabaret aux mœurs  légères : les bouffes madrilènes. La haute société espagnole rougit mais doit accepter cette union dont naîtront Fernando qui mourra à l'âge de 26 ans et Concepción.

Allégre, libre et dotée d'un fort caractère, elle supporte mal de ne posséder que l'usufruit des propriétés de son défunt mari. En seulement quelques années elle résussit à racheter tout son patrimoine et a la fierté de voir annoncer ses taureaux comme "Doña Celsa Fontfrede" et non plus comme "Veuve de Concha y Sierra" ...

Celsa Fontfrede

Seis toros de Celsa
Fontfrede à Valencia

Celsa unira ensuite sa vie sentimentale à celle du torero Manuel García Cuesta "El Espartero". Cet illustre maestro sévillan, paradigme du courage (23 coups de cornes, "il a plus de courage que El Espartero", "la faim inflige plus de coups de cornes que les taureaux", ...) tombera finalement dans les arènes de Madrid en 1894, tué par le taureau Perdigón de Miura. A noter qu'il figurait au cartel de la prise d'ancienneté de Celsa Fontfrede en 1892 et qu'il avait pour habitude de toréer "à la lune" les animaux de sa future maîtresse dans la finca de La Alegría! De cette union, naîtra une fille, Pilar García Fontfrede.

La faim inflige plus de coups de corne  

Cette idylle inspirera le roman de Blasco Ibañez "Sangre y arena" ("Sang et sable", "Blood and sand"), paru en 1908, dont plusieurs adaptations cinématographiques verront le jour. En 1922, un muet, noir et blanc avec l'immense Rodolfo Valentino dans le rôle du torero; en 1941, le superbe film de Rouben Mamoulian avec Tyrone Power, Rita Hayworth et Antony Quinn et enfin en 1989, une médiocre version avec Sharon Stone.

Sang et Arène

Deux fois veuve, Celsa gère une ganadería qui connait des hauts et des bas mais sera toujours présente dans les grandes férias, les "figuras" ne boudant pas ce bétail.

A noter que tout comme Pablo-Romero, l'administration espagnole accorda à la famille que Concha y Sierra qui étaient au départ deux noms de famille s'unissent pour n'en faire qu'un afin de ne jamais perdre l'appelation de la ganadería.

A la mort de Celsa en 1929, c'est sa fille légitime Concepción de la Concha Fontfrede qui prend les rênes de l'élevage. A son tour veuve en 1935 de l'homme politique Manuel Sarasúa, elle sera la nouvelle veuve de Concha y Sierra jusqu'à sa disparition en 1965.

Concepción de Concha y Sierra Fontfrede

Ce sont donc bien deux veuves, mère et fille, qui ont maintenu au sommet ce célèbre élevage pendant près de 80 ans!

Lors de cette étape, les taureaux de Concha y Sierra cause l'effroi avec 4 toreros tués dont le fameux sévillan Pascual Márquez en 1941 par Farolero à Las Ventas de Madrid. Ce fin torero de Villamanrique de la Condesa, était très uni à l'élevage et y avait même travaillé. Décidemment, après les décès d'Espartero et de Márquez, il n'était pas de bonne augure être un proche de cet élevage ... D'ailleurs surnommée la ganadería à la légende noire, il faudra la mort de Manolete en 1947 pour que Miura récupère définitivement cette tragique appelation.

Pascual Márquez

A la mort de Concepción, la ganadería passe dans les mains de la famille Pareja-Obregón Sartorius, Joaquin étant l'époux de Pilar, la fille de Celsa et d'Espartero le torero. Ce Joaquin s'éteint en 1961 et laisse se veuve Pilar (encore une veuve!) gérer la ganadería jusqu'à sa propre mort en 1965.

C'est un des fils de Joaquin et Pilar, Juan de Dios Pareja-Obregón y García qui hérite de l'élevage à la devise blanche, gris plomb et noire. Ce personnage fut, en plus de très bon vivant, poète, ganadero, cavalier, écrivain, chanteur, guitarriste et torero.

Juan de Dios Pareja-Obregón

Il reçut l'alternative en 1951 de Chicuelo et se coupa la "coleta" le même jour ayant promis à sa future épouse de la lui offrir pour son mariage. Un de ses fils Martín Pareja Obregón, fit partie de cette grandiose génération de novilleros qui remplissaient dans les années 80/90 les gradins de toutes les arènes du monde taurin, Litri, Camino, Jesulin, Chamaco, Caballero, Ponce, ...

Martín Pareja-Obregón

La gestion de ce personnage "singulier" ne sera pas des plus rigoureuses et dès 1968 le cheptel est vendu et va changer de mains à plusieurs reprises : José-Luís Martín Berrocal, Gabriel Rojas Fernández, "King Ranch" Los Millares, Miguel Baéz Espuny "Litri", José-Luís García Palacios, Jean-Luc Couturier et José-María López López depuis 2021.

Saluons les huit années de présence des taureaux de Concha y Sierra à Coste-Haute au pied des AlpillesJean-Luc Couturier fit preuve de courage et d'opiniâtreté pour maintenir cet "encaste" si particulier.

Jean-Luc Couturier

Le patrimoine de cette ganadería fondamentale a dû se disperser lors de ces nombreux changements de propriétaires. Il n'y a plus de bêtes à "La Prosperidad", le superbe cortijo de "La Abundancia" est en ruines. Nous nous sommes donc rendus à "La Alegría" pour remercier l'actuelle famille propriétaire des lieux, les Osuna Boceta, de faire l'effort de sauvegarder ces derniers vestiges témoins de l'histoire des Concha y Sierra : les arènes (carrées) où tant de vaches "Vazqueñas" ont été testées,  les corrals, le couloir d'embarquement qu'ont emprunté tant de taureaux du fer "C y S" quelques affiches historiques et le taureau Barbero (nº 17) qui permit à Juan Belmonte de réaliser une de ses plus intenses faenas à Madrid en 1917!

Barbero et Torrito

Compte-rendu de journalistes de l'époque de cette faena intemporelle : 

"Et il apparut. Gigantesque, sublime. Apparut Belmonte, l'art de toréer, le style, la quintessence dépurée. Cette faena a été la plus Belmontine, la plus inoubliable de ses grandes faenas ... tout le toreo classique, tout le toreo basique, de naturalité invraisemblable ... Moi qui ai toujours su me retenir, me mesurer, je suis devenu comme les autrres : j'ai crié fort, j'ai porté mes mains à la tête, j'ai perdu le sérénité. Je n'ai jamais vu d'art aussi pur, de courage si naturel, autant de domination, d'esthétique. Il ne toréait pas pour le public, mais pour le toro et pour lui. Point final à la brillante histoire de la tauromachie : après ça, rien. Il n'y aura rien aprés ---"

Belmonte et Barbero

En remerciement d'avoir élevé ce taureau aussi important pour sa carrière, Belmonte avait pris l'habitude de se décoiffer chaque fois qu'il passait devant le palais des Concha y Sierra rue O'Donnell à Séville pour saluer la grande veuve. Il le fera jusqu'à son suicide en 1962.

Vestige du palais des Concha y Sierra

Un azulejo de remerciement a été offert à Plácido Osuna : 

"En agradecimiento por mantener el patrimonio taurino de la histórica ganadería Concha y Sierra". 

"Remerciement pour maintenir le patrimoine taurin de l'historique élevage Concha y Sierra". 

La afición de Nîmes. Noviembre 2025".

Corrales et placita de tienta (carrée)

Torrito raconte l'histoire de Barbero et Belmonte

Les chercheurs de tentaderos oubliés


Torrito et Plácido Osuna devant un burladero historique

Azulejo posé

Que de bravoure dans cette arène ...




mercredi 25 mars 2026

Le Nuñez del Cuvillo du tourisme taurin ...


Message pour les 3G et ANTHONY ... 

A la finca El GRULLO, TORRITO, le NUÑEZ DEL CUVILLO du tourisme taurin!

(Eh les amis, ... on est sur du second degré.)


 

























samedi 14 mars 2026

La Maestranza que pour soi!


Quel ressenti merveilleux ... l'admirable Real Mestranza de Caballería de Sevilla et sa piste couleur ocre seulement pour soi. Et ma voix qui y résonne.

Un vrai moment suspendu.